La faïence de Martres-Tolosane, un patrimoine menacé
Écrit par S. Piques   
03-07-2014

Les faïences de Martres-Tolosane au fil des siècles

 

La première manufacture de faïence de Martres-Tolosane date de 1739. Elle a été créée par François Pons, un bourgeois du village voisin de Marignac-Laspeyres. Elle était située sur l’actuelle place de la Trinité.

Entre cette première manufacture et les six faïenceries encore en activité en 2014, la faïence a profondément marqué l'histoire et l'image de Martres-Tolosane. Les premières faïences étaient fabriquées et décorées par des faïenciers venus de la France entière, avec une majorité de Nivernais. Les pièces de cette époque ont majoritairement des décors à la Berain ou/et en camaïeu bleu. Pour la production la plus utilitaire, les faïences blanches ou ayant un simple liseré brun ou bleu dominent.

 

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Assiette à décor de lambrequins et broderies, XVIIIe siècle, attribuable à Martres

Musée de la faïence de Martres

 

La polychromie s'impose à la fin du XVIIIe siècle tandis que les décors se simplifient. Une des caractéristiques récurrentes de la production martraise est alors l’usage d’un motif dit « de croisillons » ou « d’insectes » qui vient meubler les parties blanches.

 

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Plat de barbier à décor de croisillons, XVIIIe siècle, attribuable à Martres

collec. privée

 

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Pichet de toilette, décor polychrome à la rose, XVIIIe siècle, attribuable à Martres

collec. privée

 

Le XIXe siècle s’ouvre avec le style romantique et toute une série de pièces aux décors dit « lacustre ou « floral ». C’est dans les variations de ce dernier que naît le motif emblématique de ce centre très justement nommé le « Vieux-Martres ». Ce décor de bouquet fleuri atteint son complet épanouissement à la fin du XIXe siècle.

 

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Assiette à décor polychrome dit "au lac", XIXe siècle, Martres

collec. privée

 

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Pichets à décors "au lac" et "Vieux Martres", XIXe siècle, Martres

collec. privée

 

La faïence populaire du XIXe siècle, quant à elle, présente essentiellement des décors sommaires de fleurettes ou des décors réalisés au pochoir, telle cette assiette dite « à la corbeille ». C’est aussi avec des pochoirs que les faïenciers décorent leur importante production de carreaux.

 

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Assiette à décor au pochoir dit "à la corbeille", XIXe siècle, Martres

collec. privée

 

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Carreaux à décor au pochoir, XIXe siècle, faïencerie Leclerc de Martres

collec. privée

 

 A côté des pièces décorées, les faïenciers de Martres-Tolosane fabriquent aussi dès le milieu du XIXe siècle des « poteries fines » ornées de coulures au manganèse ou d’engobe dans le style jaspé inspirées des productions provençales et surtout du nord de l’Italie.

Si la soupe a nécessité de faire des soupières, une spécialité culinaire régionale fournit un autre débouché aux faïenceries martraises : la conservation des aliments dans la graisse à l’image du confit de canard et d’oie du sud-ouest. Les céramistes martrais, comme les potiers de Castelnaudary, se font une réputation dans le monde très fermé du pot à graisse. Ils continuent de produire ces faïences utilitaires jusqu’aux années trente.

 

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Soupière à décor jaspé, XIXe siècle, Martres

collec. privée

 

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Pot à graisse, bleu extérieur, blanc intérieur, XIXe siècle, Martres

collec. privée

 

Mais si le nom de Martres-Tolosane est associé à la céramique, c’est surtout grâce à sa production de faïence stannifère de grand feu artistique qui renaît à la charnière entre le XIXe et le XXe siècle. Inspirée des décors anciens issus principalement de Moustiers, Samadet ou Rouen, ce retour, dit de manière impropre, aux décors « traditionnels », trouve son apogée au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Ces décors caractérisent encore, pour une grande part, la faïence de Martres, et si certaines fabriques les renouvellent, l'activité est aujourd'hui en grande difficulté.

 

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Assiette à décor dit "à la corne d'abondance", XXe siècle, Ribet et Bonnassies, Martres

collec. privée

 

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Assiette à décor "à l'ibis", XXe siècle, Ribet et Bonnassies, Martres

collec. privée

 

 

Un patrimoine industriel en voie de disparition

 

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Carte postale, atelier de tournage (vers 1920 ?)

 

     Les traces matérielles que cette activité a laissées durant presque trois siècles d’existence ne se résument pas aux pièces conservées par les collectionneurs et les amateurs d’art. Le bâti garde encore des restes de ce patrimoine industriel multiséculaire, comme la plaque de la porte cochère de l'ancienne faïencerie Clocart.

 

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Plaque de l'ancienne faïencerie Clocart

 

Les réemplois sont aussi fréquents comme le montrent les dizaines de moules de plâtre servant à soutenir la toiture de la grange attenante à la deuxième faïencerie Leclerc.

 

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De la réutilisation des anciens moules…

 

     Cependant, dans la plupart des cas, les traces disparaissent rapidement. Les anciennes manufactures aux structures inadaptées à la production artisanale actuelle sont en déclin. Certaines ont déjà disparu. Il en est ainsi de la Tolosane, créée en 1919 dont la cheminée, symbole d’un âge industriel révolu, a été démolie en 2008.

 

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Démolition de la cheminée de la Tolosane (cl. Henri Ferré)

 

     Aujourd'hui sont menacés la manufacture Pons, première faïencerie de Martres située sur la place de la Trinité, et le four de l’atelier Zorawski construit en 1860, situé sur l’actuelle place Charles de Gaulle. Toutes deux ont été classées dans une zone à haute sensibilité archéologique pour en assurer la protection et la fouille en cas de travaux.

Dernière mise à jour : ( 03-07-2014 )